11 août 2017

L’arrivée à Ilulissat

Au loin, dans la brume, une trouée dans les nuages permet au soleil d’illuminer un premier iceberg.

Après une matinée de découverte du Boréal et de présentation des consignes de sécurité, le navire s’approche d’Ilulissat. Le ciel et l’air sont brumeux, le bateau ne fait aucun bruit en fendant les flots à vitesse réduite. De temps à autres un morceau de glace émerge du brouillard et laisse présager un spectacle déroutant. Quand on s’approche de l’iceberg ainsi révélé, on constate qu’il est ressemble à une énorme masse de crème fouettée. Les stries et les creux qui marquent sa surface proviennent des marques laissées par l’érosion. Il fut un temps où le sommet de ce petit iceberg était sous l’eau. Les petites bulles qui s’en échappaient, en raison de sa fonte progressive, se sont concentrées par petits groupes, formant les petites cavités semblables aux traces d’une varicelle arctique. Puis, en se frayant un chemin vers la surface, elles ont creusé ces sillons si particuliers…

Un vieil iceberg retourné, marqué par l’érosion

Les passagers se pressent sur les ponts extérieurs, afin d’essayer d’apercevoir notre port d’arrivée, mais aussi la côte dissimulée par la brume, les icebergs, les oiseaux. Et parfois même une baleine…

Les passagers à l'avant du Boréal
En rouge, les passagers vêtus de leur parka Ponant. En jaune les naturalistes.
Le moindre glaçon devient le refuge des oiseaux marins, menacés par la fonte rapide des glaces due au réchauffement climatique. Ils sont tellement affamés qu’ils on dévoré l’ours polaire qui s’y trouvait !

Dans une trouée, peu avant 14h, nous apercevons enfin Ilulissat. La mauvaise visibilité et la grande quantité de glace environnante ont un peu retardé notre arrivée… Il est temps pour les groupes de passagers d’aller profiter de l’activité du jour : la découverte du front de glace sur des petits bateaux locaux.

Le fjord de glace

Ilulissat se trouve à l’embouchure d’un très long fjord dans lequel s’écoule un très grand glacier, le Sermeq Kujalleq. Ce glacier est l’un des rares débouchés de la calotte glaciaire groenlandaise. Le front de ce glacier se trouve à une soixantaine de kilomètres de l’embouchure du fjord, qui est rempli des icebergs libérés par le glacier sans discontinuer depuis la nuits des temps.
Ces icebergs, qui sont donc constitués de glace d’eau douce, flottent à la surface de l’eau qui remplit le fjord, sur plusieurs kilomètres de large. Enfin, ils flottent : leur taille est si colossale qu’ils raclent le fond, à plusieurs centaines de mètre de profondeur !
On n’imagine pas la quantité ahurissante de glace ainsi stockée dans le fjord : il libère chaque année environ 35km de nouveaux et gigantesques icebergs, soit 10% de tous les vêlages du Groenland ! L’iceberg qui a provoqué le naufrage du Titanic venait de là…
Il se produit à l’embouchure du fjord un phénomène curieux. Les icebergs, entassés dans le fjord, sont en permanence poussés par ceux libérés par le glacier, à 60km de là. Comme ils raclent le fond ils finissent par s’échouer à l’embouchure, à force de repousser des débris de roche devant eux. Mais il arrive un moment où la pression totale du fjord dépasse le « bouchon » qui bloque l’accès à la mer. Alors survient un phénomène d’une puissance colossale : le bouchon saute et une énorme quantité d’icebergs est envoyée dans l’océan arctique, recouvrant toute la baie d’Ilulissat. L’embouchure du fjord commence alors à se remplir à nouveau.
Quand nous sommes arrivés, cette débâcle quasi catastrophique venait d’avoir lieu quelques jours auparavant, les icebergs s’étant déjà largement dispersés dans l’océan arctique. En 2009, lors de notre première visite, la baie de Disko dans laquelle se trouve Ilulissat était remplie de débris de glace et d’innombrables icebergs…

L’excursion sur le front de glace en petit bateau de pêche. Très petits…
Ilulissat, au fond de la baie de Disko
A quelques kilomètres du Boréal, Ilulissat se déploie au bord des glaces

Il faudra de longues heures pour que les petits groupes de passagers embarquent sur les bateaux locaux pour passer deux heures à découvrir le front de glace : notre tour ne viendra que vers 21h. Certains sont déçus de l’heure tardive, pourtant c’est peu avant le coucher de soleil que la splendeur des lieux se révèle.

1 commentaire

  1. Magnifiques photos ! Sur ces petits bateau, personne ne parle, ou alors à voix basse. Ce sont des moments magiques où nous sommes en pleine communion avec la nature.

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