17 août 2017

Pour notre dernier jour au Groenland, Ponant a choisi de nous débarquer dans la région de Thulé, au pied du mont Dundas. Thulé est le nom de la base aérienne de Thulé, construite en 1953 par les États-Unis à l’emplacement du petit village de Pituffik. La base aérienne est une enclave américaine sur le territoire danois, membre de l’OTAN. Les habitants, qui vivaient ici depuis des temps immémoriaux, ont été déplacés 100 km plus au nord, à Qaanaaq, ville construite « avec l’aide des États-Unis« , selon la formule politiquement correcte de l’époque. Quelques jours pour abandonner une terre ancestrale et s’implanter dans une zone aride et battue par les vents : l’une des tristes conséquences de la guerre froide. Littéralement. L’accès à la base aérienne est interdit, ça va de soi : aucune visite de ce site militaire toujours opérationnel.

 

Au programme de la matinée, deux randonnées possibles. L’une qui reste sur le cordon littoral (on appelle cette formation un tombolo) qui relie le mont Dundas au « continent ». En n’oubliant pas, cependant, que le Groenland est une île et pas un continent. Cette petite balade se fait dans la tourbe humide et permet de rejoindre quelques très vieilles habitations traditionnelles des anciens habitants.

L’autre randonnée est très difficile : elle conduit juste au sommet de ce fameux mont Dundas, à 225 m au-dessus du niveau de la mer. 1,5 km de marche facile sur le tombolo pour rejoindre la base de ce mont tabulaire. Puis 200 de montée difficile, sur un pierrier instable et très raide. Enfin, une vingtaine de mètres à grimper à l’aide d’une grosse corde, à même la roche. Nous avions déjà fait cet exercice en 2009 lors de notre première visite, et avec la belle matinée qui se profile, pas question de laisser passer l’occasion d’essayer une nouvelle fois !

Le sommet du mont Dundas, accessible via une grosse corde
Au loin, avec les jumelles, on aperçoit les premiers passagers qui se hissent au sommet

Nous avons pris soin de prendre nos grosses chaussures de randonnée pour avoir un meilleur appui, et sommes habillés en mode « randonneur » multi-couche. J’ai opté pour la veste de rando, Béa pour la chaude parka Ponant. C’etait un bon choix car en haut, il fait vraiment froid. La plupart des passagers vont tenter l’ascension avec les bottes en caoutchouc, la parka Ponant, avec le gilet de sauvetage autour du cou !

9h30, il est temps pour nous d’y aller… alors que les premiers passagers découragés reviennent déjà…

Facile, n’est-ce pas ? Une petite balade, quelques minutes de grimpette et hop !

Le cordon des randonneurs téméraires s’étire sur le tombolo et sur les flancs du mont Dundas. La mise en garde contre les dangers des chutes de pierre est bien visible. Tout comme le petit panneau bleu en-dessous qui rappelle le début de la montée ainsi que le record pour parvenir au sommet : 6 minutes et 16 secondes ! Ambitieux, d’après mes souvenirs…
Un marseillais a du venir ici il y a quelques années ! D’ici, aucun doute : la montée, c’est tout droit !

Une mise en garde contre les chutes de pierre n’est pas de trop !

Dans la baie, le Boréal attend sagement notre retour. De nouveaux randonneurs renoncent et font demi-tour : l’ascension est vraiment épuisante. Nous étions prévenus !

L’ascension est difficile sur ce sentier très raide, à peine formé et souvent instable

Curieusement, la dernière section est la plus facile : à même la roche les chaussures de randonnée, et même les bottes, accrochent bien. La grosse corde à nœuds permet de se hisser assez facilement. Assez, car sans effort, inutile d’espérer terminer !

Plus qu’une vingtaine de mètres de montée quasi verticale !

De là haut le panorama est minéral et laisse apercevoir au loin les blancheurs de la calotte glaciaire toute proche.

Il est déjà 10h30. Il aura fallu une heure pour arriver au sommet depuis la plage. J’ai laissé Béatrice un peu plus bas dans la montée : chacun son rythme, c’est le meilleur moyen d’arriver au sommet. Aller trop vite ou trop lentement épuise vraiment sur cette pente abrupte.

Sur notre droite, le va-et-vient des Zodiacs qui commencent déjà à rembarquer les passagers

Béatrice finit par me rejoindre au sommet : son courage et sa ténacité ont payé, une nouvelle fois !

Au sommet se trouve un tumulus de pierre devant lequel une plus grosse est posée, avec ces mots énigmatiques gravés dessus :
« KNUD RASMUSSEN. MUT ÂVANERSSUARMIUT ERKAISSUTIGSSIÂT »

 » Knud Rasmussen, l’esquimau polaire, avec gratitude. « 

Aucun site Internet en français, en anglais ou même en danois n’en connait la traduction : c’est du groenlandais…
C’est finalement sur un site russe que j’ai trouvé, en cyrillique, la traduction suivante :
« Кнуду Расмуссену, полярному эскимосу, с признательностью« .

Et un petit tour de Google Translate a fini par me donner :
« Knud Rasmussen, l’esquimau polaire, avec gratitude. »

Probablement un mémorial laissé par les inuits à la mémoire de Knud Rasmussen, le père de l’esquimaulogie…

Le temps de prendre quelques photos souvenir et il est déjà temps de repartir. Le vent souffle, et malgré le soleil, il fait froid. Pourtant nous prenons notre temps : on ne vient pas ici tous les jours…

Monter avec la corde s’avère bien plus facile que redescendre !

Se lancer dans la descente demande un peu d’attention…
Même pas peur !

A la descente, le pierrier est traitre. Nous sommes les derniers à être redescendus, afin de profiter au maximum du paysage. Mais par conséquent nous avons moins de temps pour redescendre, tout en restant en sécurité…

La roche se décompose en petites plaques qui glissent les unes sur les autres.
Pas question de faire un faux pas ici, c’est la glissade douloureuse assurée…

12h15, c’est l’heure du retour sur le Boréal à bord du tout dernier Zodiac. Un peu de fierté d’avoir une nouvelle fois gravi le mont Dundas ? Oui, je crois…

Gravir le mont Dundas ? De la rigolade je vous dit !

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