Aujourd’hui nous quittons le Hilton Garden Inn de Kapaa, à l’est de Kauai, pour Waimea Plantation Cottages, à Waiamea, au sud-ouest de l’île. Une petite cinquantaine de kilomètres au plus court, mais nous ferons quelques détours, puisque nous avons la journée entière devant nous. Il est prévu un arrêt à Poipu beach , une plage réputée du sud de Kauai. Puis un stop au fort russe et à glass beach. Et ce soir nous irons nous baigner au bout du monde, sur la plage de Polihale beach, tout au bout de l’île…

Poipu beach

Un petit arrêt sur la plage de Po’ipu nous permet de découvrir cette station balnéaire réputée, aux plages bien surveillées et aux panneaux de mise en garde toujours impressionnants. À croire que la baignade sur les îles hawaïennes est partout dangereuse : courants puissants, vagues qui vous emportent, risques de blessures sur les rochers, de noyade, tout y passe. Jusqu’aux mises en garde relatives aux tsunamis !

La première surprise de cette belle journée est de découvrir des phoques moines paisiblement endormis au milieu de la plage, protégés par un cordon de sécurité et surveillés par des bénévoles attentifs.

Quelques phoques endormis sur la plage de Poipu, à Kauai
Croiser des phoques endormis sur la plage n’est pas sans rappeler les plages françaises…
Un panneau invitant à respecter le sommeil des phoques
La présence des phoques est courante sur cette plage. Il convient donc de respecter leur sommeil.
Ce phoque moine à l'air heureux
Elle est pas belle la vie, quand on est une espèce protégée ?

Bon, comme nous avons prévu de nous baigner après notre arrivée à Waimea nous reprenons la route.

Glass beach et le cimetière asiatique

Glass Beach est située près de Port Allen, à Eleele. C’est une plage sans grand intérêt, où en principe personne ne vient pour se baigner. Elle est située dans la zone portuaire, l’endroit n’est pas très engageant pour un moment de détente. A tel point que nous n’avons même pas fait une photo souvenir ! Sa particularité est d’être recouverte d’un sable composé d’une infinité de minuscules fragments de verre coloré. Érodés par les vagues, ils sont quasi sphériques, comme des grains de sable ordinaires. Ils proviendraient des débris de verre d’une ancienne décharge située dans les parages. Curieux…

Juste derrière cette petite plage, un autre endroit insolite, mentionné nulle part. C’est un petit cimetière qui semble abandonné. En soi rien de vraiment inhabituel, si ce n’est qu’une partie des tombes est gravée d’idéogrammes chinois et de caractères japonais. Ce serait le cimetière des ouvriers de l’ancienne sucrerie qui se tenait ici, au 19e siècle… Étonnant…

Le cimetière asiatique près de Port Allen
Un étrange petit cimetière abandonné, mentionné nulle part dans les guides touristiques

Le fort russe « Elizabeth »

Un peu plus loin c’est une halte près d’un autre site insolite qui nous permet de faire une petite pause : le fort russe « Elizabeth ». On ne s’attend pas, en visitant Hawaii, à visiter les restes d’un fort russe. Et on n’est pas déçu de la visite : il n’en reste rien !

Le fort russe de Kauai, démantelé, il n'en reste rien !
Du fort russe « Elizabeth » il ne reste même pas les ruines !

L’histoire de ce fort russe remonte au début du 19e siècle, à l’époque où un médecin allemand tenta d’asservir le royaume d’Hawaii au profit de l’empire russe.

En 1815, le médecin allemand Georg Anton Schäffer, agent de la « Compagnie Russo-Américaine », arriva à Hawaï. Il devait récupérer les marchandises saisies par Kaumuali’i, le roi de l’île de Kaua’i, à la suite du naufrage d’un des navires de la compagnie russe.

Une mission simple mais menée par un personnage ambitieux et inexpérimenté. Il réussit à convaincre Kaumuali’i que la Compagnie pouvait l’aider à renverser le roi Kamehameha 1er, auquel ce même Kaumuali’i avait prêté allégeance cinq ans auparavant, quand Kamehameha avait regroupé tout l’archipel au sein d’un même royaume.

Schäffer convainquit le roi de Kaua’i de signer un traité accordant au tsar Alexandre 1er de Russie un protectorat sur Kaua’i. En contrepartie, Kaumuali’i pourrait s’affranchir de la domination de Kamehameha et du royaume d’Hawai’i. Il autorisa donc Schäffer à construire trois forts, deux au nord de Kauai, et un au sud : le fort « Elizabeth », baptisé en l’honneur de la tsarine.

Fort Elizabeth a ainsi été construit en 1817 sur la rive est de la rivière Waimea surplombant la baie de Waimea. A l’instar d’un fort « Vauban » il a été construit en forme d’octogone irrégulier, de 90m à 140 m de diamètre, avec des murs de 6m de hauteur. Il abritait une petite chapelle orthodoxe russe, la première église chrétienne orthodoxe d’Hawai’i.

Schäffer n’avait en réalité pas l’appui du tsar, son « traité » n’avait aucune validité et il fut forcé de quitter Kauai dès l’automne 1817. Le fort russe Elizabeth est tombé sous le contrôle des partisans de Kamehameha peu après.

Quelques épisodes de rébellion et de lutte armée menée par le fils de Kaumuali’i émaillèrent l’histoire de Kauai’i dans les années qui suivirent. Le fort fut finalement abandonné puis démantelé en 1853.

Waimea Plantation Cottages

Nous arrivons enfin à Waimea Plantation Cottages. Cet hôtel est constitué de nombreux petits bungalows, qui sont d’authentiques cottages utilisés autrefois par les personnels des plantations de cannes et des sucreries des alentours. Même l’ameublement est d’époque…

Notre petit bungalow est déjà disponible, nous y posons les valises et décidons d’aller à la plage. Celle qui borde l’établissement serait accueillante si l’océan ne recevait les alluvions de la rivière Waimea (Wai :eau, Mea : rouge) toute proche, troublant suffisamment l’eau pour nous ôter l’envie de nous baigner. Alors nous décidons d’aller tout au bout de la route, à l’extrême ouest de Kauai, sur l’immense et déserte plage de Polihale…

La baignade à Polihale Beach

La piste qui mène à la plage de Polihale
La route qui mène à Polihale beach est en fait totalement accessible à tout véhicule. Nous y avons croisé une Mustang cabriolet !

La route qui y mène se termine sur plusieurs kilomètres par une piste en terre battue : la Jeep prend un peu de son sens ici… À l’arrivée il y a juste une jeune femme et son petit chien qui nous souhaite la bienvenue en nous dit « bravo pour le 4×4 » : j’imagine que certains viennent ici en voiture de ville et s’ensablent facilement…

L’océan, la plage l’environnement : tout est splendide. Nous sommes aux pieds d’immenses falaises qui constituent l’extrémité sud de la Na Pali Coast. Impressionnant. Quant à l’océan, l’eau est d’un bleu clair étonnant, les vagues déferlent sur des dizaines de mètres, la plage est immense, le sable chaud : que du bonheur !

Nous laissons palmes, masques et tuba dans la voiture : nous allons jouer un peu dans les vagues, comme quand nous étions enfants. Et puis il n’y a rien à voir dans cette eau secouée de toutes parts.

Dès qu’on entre dans l’eau, chaude, on remarque que ces vagues ne sont pas violentes comme on pourrait s’y attendre. Elles déferlent beaucoup, produisent beaucoup d’écume, car il y a peu de fond : à une trentaine de mètres du bord on a encore de l’eau sous la taille. En complément on remarque aussi le courant de fond qui entraîne les pieds vers l’océan : pour rester debout ou pour ne pas s’éloigner de la plage, il faut donc rester allongé dans l’eau, et « surfer » les vagues comme on le peut. Un bon moment d’amusement et de détente…

La baignade dure ainsi un bon bout de temps, et comme nous sommes déjà à quelques dizaines de mètres du bord de la plage nous choisissons de rentrer : nous avons été un peu déportés latéralement de nos affaires restées sur le sable, mais regagner la plage se fait finalement sans difficulté…

Béatrice va chercher l’appareil photo étanche pour mémoriser ces bons moments d’amusement dans les vagues. Je retourne à l’eau avec plaisir et nous progressons ainsi tous les deux, comme précédemment, moi me faisant recouvrir par les grosses vagues, Béatrice prenant quelques photos. Une quinzaine de mètres nous séparent, pourtant, parfois, les vagues nous dissimulent l’un à l’autre. Afin d’éviter les plus grosses déferlantes je vais, comme tout à l’heure, chercher un peu plus de fond : nager y devient alors plus facile.

Soudain, une sensation curieuse me prend : Béatrice est désormais bien loin de moi. Ou plutôt c’est moi qui suis bien loin d’elle. Bon, pas de problème, je reviens vers la plage en me faisant balloter par les vagues qui se suivent sans répit… Oui mais voilà : pas moyen de me rapprocher de la plage ce coup-ci ! J’ai beau essayer la brasse, le crawl (je suis un nageur plutôt bon en principe), rien n’y fait. Et il me semble même que je m’éloigne un peu plus. Mes pieds ne touchent plus le fond depuis un moment déjà : me voici en pleine eau avec de toute évidence un courant qui m’emporte au large…

Pas de panique, je suis à cinquante mètres de la plage, j’attire l’attention d’une surfeuse qui rentrait sur le parking, et qui se remet à l’eau pour venir me donner un coup de main. Sympa et bienvenu ! Ses amis me diront par la suite que chaque surfeur ici est venu en aide au moins une fois à un baigneur. Je comprends mieux l’importance des panneaux de mise en garde ! Nous étions face à un chenal de 20 ou 30m de large, invisible pour un touriste non averti, hébergeant l’un de ces très fameux « rip currents », les courants sortants. Il est virtuellement impossible d’en échapper en nageant. La seule solution, bien connue des locaux, est de se laisser déporter sur une centaine de mètres, de nager un peu en parallèle de la plage pour sortir du courant, puis de rentrer normalement à la nage, sans effort, poussé par les vagues… YouTube regorge de vidéos qui expliquent le fonctionnement de ces courants, leurs dangers et la méthode simple pour en sortir. Nous voici avertis !

La théorie des dominos

Après avoir bénéficié de ce coup de main inattendu, me voici sollicité par les amis de la jeune femme : il y aurait une voiture ensablée au bout du parking, et la Jeep pourrait être bien utile, si j’accepte de rendre ce service. J’accepte sans hésiter : c’est un juste retour des choses, en quelques sortes. Et quelques instants après nous voici près d’une berline aux deux roues avant profondément insérées dans le sable. Le temps d’attacher sommairement une sangle de tractage (il n’y a pas de crochets de tractage sur les voitures aux US) entre les deux voitures et de prêter le volant de la Jeep à Éric, l’un des amis de ma « sauveuse », et la berline est tirée d’affaire. Son jeune propriétaire est cuisinier dans un restaurant Thaï à Po’ipu, il nous invite demain soir en remerciement…

Chacun s’apprête à retourner à la plage profiter du coucher de soleil qui ne devrait plus tarder. Je me dirige vers la Jeep dont le moteur tourne encore : elle est verrouillée, pas moyen d’y entrer ! Un nouveau « sauvetage » se profile donc : comment ouvrir cette fichue Jeep ? Après avoir essayé les solutions simples, envisagé de démonter la porte (oui, les portes des Jeeps peuvent se démonter de l’extérieur, mais on n’avait pas la douille appropriée), nous nous résignons à casser l’une des vitres arrière. À ce moment une jeune femme nous interpelle, à quelques mètres, à côté de sa voiture. Non, elle n’est pas ensablée. Sa voiture est juste verrouillée, les clés à l’intérieur, elle aussi ! Et elle suggère une manipulation à la McGyver, pour la Jeep d’abord, puis pour sa voiture : dévissage de l’antenne extérieure (oui, les Jeeps ont encore une antenne métallique extérieure, solide), pliage, insertion dans le joint de la porte conducteur (elle n’était qu’à demi fermée), crochetage de la poignée de porte. Et vous savez quoi : ça a marché ! Soulagement général après ce « sauvetage » n°3. Il ne reste plus qu’à faire pareil pour l’autre voiture, dont la vitre avant est ouverte de 2 cm. En quelques minutes les clés sont récupérées dans le sac resté sur le siège conducteur, et la voiture est ouverte. Quatrième et dernier « sauvetage » de la journée !

Le soleil vient juste de se coucher, tant pis, mais quels moments étonnants ! C’est parce que nous ne pouvions pas nous baigner devant notre résidence que nous avons choisi de trouver une plage accessible. C’est parce que celle-ci était isolée et peu fréquentée que nous l’avons choisie. C’est parce que nous avons voulu prendre des photos des bons moments passés dans les vagues que je me suis fait emporter par le courant. C’est parce qu’une jeune surfeuse venait de finir sa journée de loisir qu’elle est passé ici et a pu venir me donner un coup de main pour rentrer. C’est parce ses amis cherchaient un moyen de désensabler une voiture en difficulté et que j’avais loué une Jeep que le dépannage a pu avoir lieu. C’est pour une raison inconnue que la Jeep s’est verrouillée automatiquement en un instant. C’est parce qu’elle était venue voir le coucher de soleil que l’autre jeune femme était là, et c’est pour une raison inconnue que sa propre voiture s’est aussi retrouvée verrouillée. C’est parce que tout ce petit monde était là au même moment, sur une plage en principe quasi-déserte en semaine, que ces sauvetages et ces dépannages ont pu avoir lieu.

La théorie des dominos diront certains. Le destin, diront d’autres. Éric, qui a un ministère dans une église à proximité, nous affirmé que c’est ici, au pied de ces falaises, que naissent toutes les âmes du monde, et que cet endroit est béni.

Allez savoir…

Les surfers, leur prf et le touriste
Eric « McGyver », Stéphane, Tierney-la-sauveuse et Cliff, le prof de surf des deux autres.

Après que Tierney m’a sauvé, en m’aidant à regagner le rivage en sécurité, Cliff, son prof de surf, m’a dit : « Désormais, Steve, tu dois profiter de chacune de tes respirations… »
Je compte bien suivre son conseil !

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