La genèse du projet

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La genèse d’un tour du monde à la voile est toujours une histoire personnelle. Pour moi, pour nous, cette aventure a commencé tout à fait par hasard…

Je ne suis pas un marin !

J’ai toujours aimé la mer et les bateaux. Sans être fils de marin, sans avoir jamais appris à naviguer autrement qu’en quelques occasions, au Club Med. D’avoir passé quelques années de ma petite enfance sur les côtes bretonnes m’a pourtant sans doute instillé quelques attraits pour l’océan.

Un petit tour en Hobby cat, à Palmye, au Club med, en 2003

Un anniversaire surprise

En 2012, pour mes 50 ans, Béatrice m’a fait un magnifique et étrange cadeau : une semaine sur un grand catamaran à naviguer autour de Majorque, avec Jean-Philippe et Marie, son épouse. Plus qu’un associé, plus qu’un ami : un frère. Chaque jour, une petite escale authentique et … un parcours de golf !

Que de bons moments passés sur ce grand voilier…

Et puis les années ont repris leur cours, j’ai oublié ce plaisir simple de passer des heures sur la mer, sans se poser de questions. (bon, il faut reconnaitre qu’avec un skipper pro et une hôtesse, la vie était plutôt facile sur le Lagoon 500)

Fin juin 2018 Béatrice part pour trois semaines en Polynésie, à Rangiroa. Séjour plongée et science participative, pour observer les dauphins de la passe…

Resté seul à la maison, je reçois un coup de fil de la part de Jean-Philippe, début juillet : « Jean-Marc, un copain, organise une sortie en mer sur son voilier dimanche, tu te joins à nous ? ». Je ne connaissais le copain en question que de nom, et je suis habituellement assez casanier. Mais pourquoi pas : il fait beau, j’ai du temps, Béatrice rentre dans quelques jours. Elles s’est blessée, il va falloir prendre soin d’elle quelques temps, alors j’en profite pour prendre l’air…

La sortie sur « Muchachos », un Dufour 425, s’est très bien passée. Un peu de vent, mais pas trop, un grand soleil. Le calme et la douceur de la navigation de plaisance sur le bassin de Port Camargue… Je découvre les écoutes, les winches, les voiles : autant de termes et de manœuvres qui ne me parlent pas vraiment : ma lecture des « Glénans » est loin déjà…

"Muchachos", tel que nous l'avons retrouvé aux Baléares en 2019...

De retour à la maison je me prends à rêver : ce serait bien de pouvoir aller faire un tour en mer quand je le veux… En d’autres termes, avoir mon propre bateau…

Je cherche, je fouille Internet, je découvre les chantiers, les modèles, les équipements. Je me vois déjà à la barre d’un Dufour 425. Puis d’un Dufour 500 Grand Large, et pourquoi pas d’un 560 grand Large !

Le Dufour 500 Grand Large est un beau voilier. Un grand voilier...

Je n’y connais rien, mais j’ai bien appris à piloter un avion, alors un bateau… Ah, quand je dis “j’ai”, c’est parce que je décris ici la genèse de mon projet, mais Béa aussi sait piloter un avion…

De jour en jour je construis ce rêve, cette folie naissante : acheter un voilier assez grand pour y vivre confortablement et nous lancer dans un tour de l’Atlantique. Dès cet automne ! Ambitieux ou inconscient ?

Quand Béatrice rentre de Rangiroa, épuisée et diminuée par sa blessure à la cuisse, je lui annonce mon projet. Je vais acheter un bateau, nous embarquons cet automne !

Inutile de dire que cette annonce est tombée comme un cheveu sur la soupe…

Je poursuis quand même mes recherches durant des jours. J’apprends les termes, les spécifications des voiliers, leurs avantages, leurs inconvénients. Pas facile d’avoir des témoignages sur ces grands bateaux, chers et rares. Mais je transpose les expériences des « voileux » d’un peu partout. Le vocabulaire rentre petit à petit, les comparatifs se dessinent, les budgets aussi. Je dévore les vidéos du périple d’Oukiva, je parcours de fond en comble le site de Banik et tant d’autres…

Le 16 juillet je passe avec succès mon permis côtier et le permis « eaux intérieures ». Il restera le “hauturier” à préparer, et le “CRR” pour avoir le droit d’utiliser la VHF…

Je cherche les petites annonces localement : à acheter un bateau, je le veux pas trop loin de la maison pour pouvoir apprendre à naviguer dessus. Et il me faut pouvoir conserver la place de port : il y a 15 ans de liste d’attente dans le coin ! le choix s’étend de Palavas à Port Camargue. Cap d’Agde si une occasion immanquable se présente.

Les candidats en lice

Nous devons partir en vacances le 28 pour la mer de Baffin pour la seconde fois : afin d’alimenter mon rêve durant cette croisière je demande des informations à deux agences locales. L’une d’elle me propose quatre voiliers : un Dufour 500 Grand Large récent, un Bénéteau Océanis 54 (le 58 que je ciblait est déjà sous compromis), un CNB « Bordeaux » 60 et un Jeanneau 57…

Ci-dessus les photos de Jasmin, telles que je les ai découvertes…

J’obtiens les descriptifs et les photos de chacun, ainsi que leurs prix. Du simple au double… le budget s’annonce d’ores et déjà conséquent.

Dès notre retour de la mer de Baffin, le 15 août, je reprends mon étude. Je passe des heures à décortiquer les quatre voiliers : qualités reconnues, inconvénients identifiés, équipements utiles, nécessaires, de confort. Je cherche des témoignages à l’international sur les comportements en mer, sur les performances, sur les qualités marines. Et évidemment je regarde les photos : j’élimine les voiliers qui me semblent trop « vieille école », aux boiserie type acajou marine, trop sombres. Je conserve ceux qui me semblent plus attractifs. Le choix facile du néophyte…

Mon rêve, ma folie progresse de jour en jour. Je reprends la lecture de mon « Glénans ». Que dis-je,  de «mes » Cours des Glénans : mon vieil exemplaire de 1995, acheté 395 francs, et la version actuelle, commandée et reçue le lendemain. J’arrive déjà à trouver les différences, les évolutions, les changements pédagogiques…

Je lis des dizaines de blogs, de sites, je prépare ma bibliographie, je commande livre après livre ! Comme à mon habitude, moi le théoricien, l’intellectuel, j’engrange du bagage afin de mieux pratiquer…

Ma première lecture est « Navigation par gros temps » : tout un programme !

Je continue à parler de ce projet à Béatrice qui continue à me dire que partir cet automne est de la folie, qu’elle n’est pas d’accord… Je ne comprends pas pourquoi, d’autant que mon projet a évolué : nous partons en tour du monde, sans date de retour ! Quand la folie me prend, c’est jusqu’au bout…

Je tente avec bonne foi, mais inconscience, de la faire participer au choix du voilier. Histoire de ne pas l’encombrer des milliers de choses que j’ai prises en compte pour choisir mon futur bateau (car j’ai déjà choisi, sans le voir, sans l’avoir essayé, sans rien y connaitre…), je lui présente les séries de photos de chaque voilier. Aucune explication si ce n’est : « sur lequel te verrais-tu passer quelques mois ? ».

Coïncidence, chance, je ne sais pas : elle choisit sur les photos le même voilier que moi… C’est bon signe… Ce sera alors « notre » bateau, je le sens.

Je ne sais pas trop comment poursuivre ce projet : prendre rendez-vous pour visiter le voilier retenu, stationné à La Grande Motte, semble le plus facile.

Ayant confié cette idée saugrenue à Jean-Philippe il me rappelle avoir les coordonnées d’un ami de Jean-Marc, le propriétaire de “Muchachos”, qui est marin, voileux, et qui pourrait certainement m’aider dans ma quête…

J’appelle donc ce Dominique, je lui explique en quelque phrases l’idée qui a pris place dans mon esprit. Nous convenons de nous rencontrer au « Yacht Club » à La Grande Motte, au-dessus de la capitainerie, 1h1/2 avant la visite prévue du voilier retenu, histoire de faire un point…

Le jour dit, le jeudi 23 août, nous nous retrouvons donc autour d’un verre, à 15h30. La discussion est passionnante. J’expose en détail la genèse de mon projet, notre ignorance sur le sujet, mes souhaits. Il a son propre voilier à Port Camargue, un Dufour 405 : il pourra nous former dessus.

Je lui demande de pouvoir faire une sortie à la voile un jour de mauvais temps, afin de voir si oui ou non je saurais faire face à la peur, au stress, à une situation que je sais déjà devoir éviter à tout prix… Cette étrange demande lui donne bonne impression. Malgré la folie de ce projet, j’ai passé l’âge des bêtises… La discussion aborde plein de sujets : Dominique nous évalue. M’évalue. Et il a bien raison !

Le courant passe bien, nous nous comprenons déjà…

La visite du voilier se passe sans encombre : il est beau, grand, semble avoir été entretenu à neuf (je découvrirai plus tard les “soucis” les plus ennuyeux…). Son propriétaire en a pris le plus grand soin, visiblement…

Jasmin a a été mis à l’eau en 2011, il y a 7 ans seulement. Il a peu navigué avec son premier propriétaire, et un peu plus avec Joël, qui le vend aujourd’hui. C’est un grand voilier. Très grand. C’est un Jeanneau 57.

57 pieds, presque 18m de long et 5m de large. Un bus des mers !

Après la visite Dominique me donne ses impressions : beau bateau, bien équipé : il faut l’essayer en mer.

Le rendez-vous est pris pour le jeudi suivant…

Le jour en question nous faisons une belle sortie de quelques heures sur le bassin de La Grande Motte, avec Béatrice, Jean-Philippe et Eva, sa fille, ma filleule. Et Dominique, évidemment. A retour au port je suis emballé. Quel beau voilier, quelles belles sensations : je me vois déjà à sa barre, au bout du monde…

Dominique m’explique que le bateau a un comportement sain en mer. Ardent mais pas trop, stable, rapide. Les winches électriques, les enrouleurs électriques, le gréement courant qui ramène toutes les écoutes aux postes de barre : tout est fait pour simplifier la vie du skipper. Jusqu’au gréement de la grand-voile “à l’allemande”, inhabituel mais bien pensé. Tout lui a semblé en bon état, de l’électronique de bord aux écoutes. Seule la trinquette mériterait un bon nettoyage…

C’est un bon choix. Mais il faut en essayer d’autres, me dit-il.

« Pourquoi ? » dis-je à Dominique…

« Oui, je vois que ton choix est fait… »

« Oui. Depuis longtemps… »

Le reste tient du processus habituel d’achat d’un tel voilier : signature du compromis le mercredi qui suit, expertise (avec essai en mer avec l’expert et mise sur sangles pour examen de la coque) le mercredi suivant, virement des fonds, récupération de l’acte de vente…

Le 19 septembre, à peine deux mois après la genèse de ce projet fou, me voici propriétaire d’un immense voilier qu’il nous faudra désormais apprendre à apprivoiser…

Une réaction sur “La genèse du projet

  1. Je te reconnais bien là. Une fois que la tête est pleine des infos nécessaires, le reste suit rapidement. Tu possèdes la théorie, la pratique n’est plus qu’une formalité. Bravo à tous les deux !

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Antonio Machado