Comment mieux découvrir une terre nouvelle que par les airs ? Le programme de la journée est destiné à découvrir Hawai’i vue d’en haut ! Un grand tour en hélicoptère, tôt le matin, une montée jusqu’au sommet du Mauna Kea, en fin de journée, pour assister au coucher de soleil, suivie par une séance d’observation des étoiles sur un téléscope mobile,  : voilà le programme d’une journée qui s’annonce bien…

Un grand tour en hélicoptère

Le rendez-vous est pris depuis plusieurs mois : 8h tapante chez Mauna Loa Helicopter, près de l’aéroport, pour un grand tour de tout Big Island. J’ai réservé le “full island VIP tour” : le tour de l’île en VIP. Deux heures de vol, l’hélicoptère pour nous deux. Initialement j’avais opté pour un R44 mais il est indisponible, nous voleront donc sur un R66, un peu plus grand. J’avais aussi demandé un vol “doors off”, c’est à dire sans les portes, mais le pilote me conseille de les garder : il fait froid en altitude… Après le vol son conseil nous semblera pertinent : les petites entrées d’aération situées de chaque côté des portes ont laissé passer un air glacial durant deux heures. Heureusement, nous avions pris nos précautions.

Le pilote, Soan, est très sympa : il parle un anglais très compréhensible, et sait adapter ses phrases à mon niveau de compréhension. Quant à moi, je suis le traducteur de Béatrice. Et durant deux heures les paysages vont défiler sous nos yeux. Big Island porte bien son nom, elle est réellement immense et deux heures à 180kmh ne sont pas de trop pour en faire le tour par les air.

Nos premiers kilomètres nous font survoler des plaines d’élevages de bovins. Nous en croiserons d’autres à notre retour.

Kilauea et Puʻu ʻŌʻō

Notre vol se poursuit dans la zone du Kilauea (que l’on ne pourra pas survoler aujourd’hui) et de son cratère actif, en éruption permanente depuis 1983 : le Puʻu ʻŌʻō. Entre les fumées et les nuages, nous apercevons bien les taches oranges de la lave qui s’écoule ici sans discontinuer depuis toutes ces années. Les coulées recouvrent de larges zones, détruisant forêts et villages, ensevelis sous des mètres et des mètres de roche noire. Par-ci, par-là on peut voir une zone de forêt épargnée par les coulées, un kīpuka. Ailleurs, des étendues gris clair montrent la présence des coulées des tous derniers jours, avec parfois une petite tâche orange pour nous rappeler que la lave est ici à quelques centimètres du sol. Elle s’écoule dans des tunnels innombrables, qui changent d’un jour à l’autre, pour aller enfin se jeter dans l’océan. On peut avoir vu tout ça à la télévision, contempler un tel paysage, à la fois de dévastation et de création de terre nouvelle, a quelque-chose de mystique.

Une île volcanique dans tous ses états !
Une île volcanique dans tous ses états !

Une vue d’ensemble du paysage du flanc sud-ouest du Kilauea. Les cratères récents ou actifs, au premier plan, déversent leurs flots de lave depuis des décennies, des siècles. Plus loin on distingue la zone noire et dévastée des coulées de lave. Au fond, la forêt et l’océan (il faut cliquer sur la photo pour la voir en entier !).

La côte “au vent”

Le vol se poursuit en remontant la côte est de l’île : celle qui est arrosée par les alizés à longueur d’année. Plus verte, plus luxuriante, elle est souvent recouverte de riches forêts pluviales. L’arbre fétiche de Big Island, le ʻohiʻa, que l’on retrouve dans tout l’archipel, est ravagé par un parasite qui provoque la mort des arbres en quelques semaines. Du ciel, on se rend bien compte du mitage des forêts : une véritable catastrophe écologique. Naturelle.

Pour la petite histoire, les forêts que nous survolons ne sont pas toutes d’origine naturelle. Une partie d’entre-elles (photo de gauche ci-dessus, par exemple) sont des forêts d’immenses eucalyptus, plantées en remplacement des plantations de canne à sucre. Le bois est vendu en Chine, en particulier, pour l’industrie de l’ameublement. Il est aussi utilisé comme carburant pour les centrales électriques. Le paradoxe c’est que certains groupes écologistes ou identitaires de l’île s’opposent à la coupe de ces forêts qui seraient, selon eux, une part de leur patrimoine historique !

La côte de Koala

Notre vol se poursuit toujours un peu plus vers le nord. Nous longeons les flancs du Mauna Kea, où nous irons ce soir, pour atteindre les vallées de Waipio puis de Pololū, que nous avons aperçue à partir de la route hier.

Nous repassons ensuite sur le côté ouest de Big Island, via le massif de Koala, recouvert de forêts impraticables, inaccessibles, et offrant d’innombrables chutes d’eau toutes plus spectaculaires les unes que les autres. Malgré les nuages qui nous entourent, le spectacle est grandiose.

L’ouest aride et sec

La redescente sur la côte ouest nous conduit vers des prairies plus arides, sans forêt. Il y a ici parmi les plus grands ranchs de bétail des États-Unis. Sur la côte, parcourue par les immenses coulées de lave du Mauna Loa de ces dernières décennies (il est pourtant à quelques dizaines de kilomètres de là), quelques fous ont racheté pour une bouchée de pain ces terres volcaniques. Résidences privées de standing, resorts, golfs : tout est pensé pour faire un programme immobilier qui rapporte des fortunes. Les hawaïens, qui ne construisent jamais dans ces zones, appellent ça “money to burn” : de l’argent à brûler. Car un jour où l’autre le Mauna Loa entrera à nouveau en éruption (il est considéré comme volcan actif) et détruira tout ça en quelques jours…

Un petit tour sur le toit du Pacifique

Voilà, nos deux heures de vol se sont achevées, il nous reste quelques heures à attendre avant notre prochain rendez-vous avec Hawaii Forest & Trail pour un coucher de soleil au sommet du Mauna Kea, à 4200 m d’altitude !

La première halte se fera pour distribuer les parkas, s’habituer un peu à l’altitude (bien qu’ici on ne soit qu’à 1200m, en gros, donc insuffisant pour s’habituer…), et prendre le repas du soir, compris dans le programme de l’excursion. Il est 16h, nous avons mangé il y a deux heures : autant dire que l’appétit n’est pas vraiment là. L’arrêt se fait sur un site “historique”, à la fois sanctuaire hawaïen et vestiges d’une ancienne bergerie, abandonnée depuis longtemps…

La montée se fait sans difficulté, le minibus étant un vrai 4×4. La piste en graviers est bonne mais monte fortement. A peu près tous les véhicules pourraient monter là-haut. En revanche, nombreux sont ceux qui grillent leurs freins dans la descente, faute d’avoir quatre roues motrices et une boîte de vitesse courte pour utiliser un frein moteur efficace… Nous montons lentement car à cette altitude, le manque d’oxygène est très sensible, et il est possible de ressentir des désagréments, voire même des malaises importants. En haut, il fait froid. Très froid. Les organisateurs nous ont fournis des parka spéciales, qui sont les bienvenues. Nous restons un moment près des observatoires astronomiques, jusqu’après le coucher du soleil, vers 18h30. Puis ce sera une longue descente et une halte sur le parking du “visitors center” pour installer le télescope et observer la voute céleste. Le ciel est limpide, la Voie Lactée majestueuse : quelle sublime final pour cette journée exceptionnelle !

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